Sur le motif, les deux mains dans la broussaille, Teresa Zielonko en a pour des jours et des jours à faire le découpage des textures, couleurs et clairs-obscurs. Il n’y a rien à dire, il ne faut qu’observer la surface, en silence peindre patiemment jusqu’à ce que l’espace devienne une réalité tactile. La douceur de la toile surprend l’artiste chaque fois que le pinceau s’y aventure. Elle ne pense plus à rien, elle fait le vide autour d’elle. En elle, plus que le blanc, le rouge, le noir, le jaune. Les couleurs se mélangent, se dégradent, s’esquivent, se complémentent, se sentent rompues par addition ou par soustraction de jus humain. Pas vraiment ou seulement des empâtements encore. Que des formes, des nappes qui se passent les unes par-dessus les autres, s’entrecoupent, s’entrecroisent, se frottent à la lumière ou fuient dans la profondeur du support pour se cacher, s’esquiver, se reposer et faire. Du blanc, l’espace est devenu royal, divin, mâle et féminin, proche, puissant. Une touche de jaune peut changer l’aspect d’un tableau. Avec le blanc il manquait de sa présence dans la matière. Plus tard, à mesure que la toile se recouvre de couches successives il peut – apparemment – disparaître. Mais il est là. Tout doit sécher avant de continuer à nouveau. Il faut que les pores de la toile soient bien fermés. Ensuite le bruit des pinceaux est plus doux sur la surface. Teresa Zielonko contourne les formes. Elles sont baignées d’ombres et de lumières diffusantes. La couleur est dans le flou, mais tous les plans sont à leurs places. La toile contient aussi le rouge du soleil qui les a brûlés. C’est par lui que surgissent un hymne sauvage et ample et un bouillonnement sourd. Formes fluides et recherche d’une perfection plastique ouvrent à la perception de la perception – entendons par là ce que la réalité a ébauché mais qu’elle n’a pu réaliser et que l’artiste pousse à bout. Au sein même d’une forme particulière de minéralité la vie n’est plus tenue à distance mais elle n’est plus chargée non plus d’un poids de matière. La peinture renvoie à quelque chose d’intact. Son support représente la matrice paradoxale, vierge et productrice à la fois. Germinative. C’est pourquoi nous sommes saisis de réminiscences physiques tellement pressantes qu’elles nous rappellent des souvenirs personnels. Chaque toile peut en effet représenter une expérience vécue aussi minérale qu’organique. Jean-Paul Gavard-Perret